À nouveau aujourd’hui, tu ne me vois pas, mais tu m’entends.
Je me souviens de tous ces moments passés à tes côtés, les étés à Leffond, souvent avec Pablo et Camille. On allait à la garderie, on se promenait dans les bois avec Pablo, on faisait quelques bêtises parfois. L’hiver, on allait chez papi et mamie à Lyon. Chaque mois de février, on venait passer une partie des vacances avenue Félix Faure. Chaque année, nous visitions la ville, nous allions au restaurant, au cinéma, on rendait visite aux cousins, rue Saint-Mathieu, puis quelques années plus tard à Bron. On faisait des courses à la Part-Dieu, on allait au marché, on se promenait avec Papy. On prenait le C9 place des Maisons-Neuves ou le C13 à Rouget-de-l’Isle. On passait rue Paul Bert, devant l’école de Maman et Tonton, et tu nous parlais du cabinet en face de l’appartement. Et surtout, chaque année, on faisait des bugnes. On a profité aussi pendant de longues années de la présence d’Abysse, le chien de Papy, qui est venu finir sa vie chez nous à Leffond.
Pendant ces merveilleuses années, tu nous as appris tant de choses. Nous avions comme exemple une mamie raisonnable, juste, consciente, intéressante, et surtout, par-dessus tout, battante. Nous savons toutes les difficultés, tant physiques qu’émotionnelles, que tu as traversées tout au long de ta vie. Toi, notre grand-mère, tu nous as appris à avancer dans la vie, qu’il fallait parfois faire des sacrifices, qu’il fallait toujours écouter jusqu’au bout ce qu’on nous disait, surtout à la gare ou dans le train ! Puis tu nous as fait voyager : les châteaux de la Loire, Saint-Malo et le Mont-Saint-Michel, et surtout Venise. Venise, cette ville que j’ai aujourd’hui choisie pour y vivre le temps d’une partie de mes études.
Avec toi, Mamie, on parlait de tous les voyages que tu avais faits avec Papy, Tonton, Maman, les amis, nous… Tu me disais souvent que ce que tu regrettais, c’était de ne jamais avoir pu visiter la Corse et la Toscane. Alors, lorsque j’ai eu la chance de découvrir ces deux régions, en te racontant mes voyages, j’ai senti ton sourire et le bonheur que tu éprouvais. Depuis que je suis parti étudier à Lille puis à Venise, on prenait le temps de s’appeler une à deux fois par semaine. On échangeait des nouvelles, on parlait de la météo, des actualités, de la santé, de la politique, et parfois on refaisait un peu le monde. Je me souviens d’une mamie qui ne donnait pas de leçons, mais qui, ayant reçu tant d’enseignements de la vie, voulait les transmettre aux autres. Aujourd’hui, j’estime avoir acquis de toi, Mamy Maryse, tous les outils qui me permettront d’avancer dans la vie : l’envie, la force et le courage.
Avec Mamy, on parlait souvent de musique. Je lui parlais de mes nombreux concerts et festivals, on écoutait des CD de Louane, Grand Corps Malade ou Jean-Michel Jarre, des artistes qu’elle appréciait particulièrement. Elle me racontait les fois où, avec Papy, elle allait au théâtre ou à l’opéra. À chaque voyage à Lyon ou ailleurs, Mamy nous faisait découvrir la ville, les bâtiments, on posait des questions, on lisait les explications… Bref, elle nous faisait goûter à la culture. Je pense qu’aujourd’hui, sans toutes ces expériences qui, en plus de me faire grandir, m’ont ouvert au monde et m’ont appris à le découvrir, le comprendre et l’écouter, je ne serais pas le même.
Depuis ton passage sur la table d’opération, puis la mort de Papy en 2022, tu disais vivre du bonus. Ce supplément d’âme que tu as eu, une fois de plus, pour poursuivre ton chemin, on s’en souvient et on s’en souviendra. Tu occupais tes journées en lisant grâce à ton appareil, en regardant un petit peu la télé, en écoutant la radio et au fil des visites qu’on te rendait. Il y a quelques semaines, j’ai pu te présenter Romane, ma copine. Ça me tenait absolument à cœur qu’elle te rencontre. Ces dernières années, tu as aussi rencontré deux de mes amis lillois, Louis et Chloé. Tous deux, lorsque je leur ai annoncé ta mort, m’ont dit avoir eu la chance de te connaître.
Aujourd’hui, une nouvelle page se tourne, une de plus… Dans ma mémoire resteront gravés tous ces moments évoqués : l’odeur de ton parfum, les plats et desserts que tu cuisinais avec douceur et passion, tous les conseils de santé que tu nous donnais, ta main tenant mon bras pour à mon tour te montrer le chemin. J’aurais aimé tenir ta main un instant de plus. Tu laisses maintenant une place, non pas celle d’un autre, mais celle de l’absence. L’absence d’une grande femme, courageuse, aimante envers ses enfants, ses petits-enfants, ses amis, et amoureuse de son mari, notre Papy.
Après la disparition de Papy, et dimanche dernier de toi, Mamy, la maison est maintenant vide. Mais à nouveau privés d’un membre, nous continuerons d’avancer avec, dans nos pensées, trois étoiles qui nous aideront à briller : la tienne, celle de Papy Alain et celle de Mamie Françoise, partis bien trop tôt.
Je finirais sur une citation de Victor Hugo qui dit que « Ceux que nous avons aimés et perdus ne sont plus où ils étaient, mais ils sont partout où nous sommes. »
Antoine